La terre est sage
la pierre aussi...

une robe de pierre


Alors que je rêvais sous un mâchicoulis,
à l’ombre d’un beffroi au bourdon solitaire,
une voix me héla :
– Que fais-tu donc, humain, au royaume de pierre ?
 
Deux yeux me contemplaient, pupilles de granit,
regard ex cathedra…
– J’ai au fond de mon âme un espace immobile
qui me mène parfois sur des murs escarpés,
alors que tout là-bas, un monde volubile
malgré mon escapade, continue d’exister.
 
Le temps tout simplement temporisa sa course.
Il y eut comme un rire, un éclat minéral,
un humour singulier à flanc de cathédrale :
– Le penseur assoiffé n’a pas trouvé sa source ;
et pourtant à ses pieds coule un ruisseau d’argent.
Te voici prisonnier dans les brumes du temps.
 
J’ai quitté mon refuge, l’esprit un peu chagrin
avec dans les oreilles comme un bruit de tocsin :
le peuple de granit m’aurait-il mystifié ?
Le silence n’est-il qu’un fantasme éveillé ?
 
Arrimé sur le sol, j’ai relevé les yeux :
une silhouette usée me désignait du doigt.
J’ai entendu crisser une petite voix ;
la gargouille de pierre m’a décoché ses vœux :
– Tu as rejoint la foule des êtres solitaires ;
Ton silence te guide hors des voies éphémères.
 
Les années ont passé, mais je n’oublierai pas.
J’ai depuis ce jour-là, un texte lapidaire,
gravés au creux du bras :
– Tu porteras un jour une robe de pierre.