La terre est sage
la pierre aussi...

Dialogue avec un dragon


Un enfant immobile observait en silence
les formes emmitouflées sur le mur de l’orient.
L’obscurité naissante, dans sa calme patience,
estompait la silhouette d’un dragon flamboyant.
 
Dans l’épaisseur du soir, une branche craqua.
Pliant sous la bourrasque, l’arbre paraissait tendre
ses feuilles vers le ciel. À quelques pas de là,
les yeux vers le dragon, l’enfant semblait attendre.
 
Au sein des salamandres, un feu s’est déployé.
Le dragon a poussé un soupir enflammé :
– Jeune enfant que fais-tu dans cette cour obscure
à surveiller les ombres qui embrasent les murs ?
 
– Je veux te chevaucher, Dragon, mais j’ai si peur
quand ces flammes dorées jaillissent de tes lèvres !
– C’est au feu du dragon que se forgent les rêves.
Ce feu ne brûle pas, il dessille le cœur.
 
– Alors vers les étoiles, Dragon, emporte-moi !
 
– Loin au-delà du ciel est un chemin de terre
menant vers un trésor dans un coffre de bois.
Il chatoie, silencieux, si chargé de mystère
qu’au cœur de cette nuit, il t’a guidé vers moi.
 
Le dragon libéré de la fresque orientale,
la silhouette menue d’un enfant sur le dos,
s’en est allé danser un songe sidéral
dans la musique claire de rires et de bravos.
 
L’aube éclaircit l’orient lorsque l’enfant s’éveille.
Quelques mots hantent encore les brumes du sommeil.
Un message de sève, incrusté de résine,
sur les murs de la chambre dessine un arc-en-ciel.
 
– Pour être un arbre fort et caresser le ciel,
il te faut dans la terre enfoncer tes racines.